6 janvier 1412, La date de Naissance de Jeanne d'Arc et son âge
 
Mais est-ce vraiment la bonne date de naissance de Jeanne d'Arc ? Explications. Le texte non définitif comporte cependant déjà l'essentiel, j'y apporterais d'autres éléments par la suite. J'ai par ailleurs traduit quelques phrases du latin en français. 
CB
 

6 janvier 1412

 

Article connexe. Jeanne d'Arc

- I - 6 Janvier 1412

- II - Quels sont les témoignages , au XVe, sur l'âge de Jeanne d'Arc 

- III - La lettre de Boulainvilliers

- IV - Jeanne la Pucelle

 

La question revient souvent : la date du 6 janvier 1412 est-elle vraiment la date de naissance de Jeanne d'Arc ? sur quels éléments crédible ou non ?

 

Il faut d'abord préciser  qu'il n'y a aucun acte religieux ou civil qui puisse confirmer la date de naissance couramment utilisée aujourd'hui. Seule une lettre écrite par Perceval de Boulainvilliers, Chambellan du roi, sert aujourd'hui de référence historique et je vais d'ailleurs m'y attarder plus longuement par la suite.

Les raisons de cette date incertaine  :

Ce manque de documents contemporains à sa naissance peut s'expliquer pour plusieurs raisons :

  • il n'existait pas, ou presque pas, de registre d'acte civil ou religieux qui est communément appelé aujourd'hui « extrait de naissance ». Il faut rappeler que c'est seulement sous François Ier, en 1539 avec l'ordonnance de Villers-Cotterêts, qu'il y a eu obligation d'inscrire les baptêmes et les actes de décès appelés alors « sépulture ». L'acte écrit de mariage n'est venu qu'en 1579 avec l'ordonnance de Blois, en effet à l'époque de Jeannette seul la présence de témoins et d'un curé ayant le pouvoir de sacrement suffisait alors pour établir un mariage religieusement légal.

Cependant il existe des registres qui selon les paroisses, les archevêchés et autres juridictions religieuses pouvaient alors retranscrire certains actes dont les baptêmes. Il faut dire que la nécessité d'avoir un acte écrit de baptême n'était pas forcément nécessaire puisque la majorité des enfants nés étaient forcément chrétiens et catholiques. La question religieuse ne se posait guère, elle s'est surtout révélée nécessaire pendant les guerres de religions et pendant une forte croissance démographique avec des moyens de communications plus avancés et plus sûrs, rendant les populations légèrement moins sédentaires, nécessitant de facto une meilleure identification des personnes.

Dans le cas où Jeanne d'Arc aurait eu un document écrit religieux d'un acte de baptême, il n'en existe en tout cas aucune trace de nos jours. Tout simplement parce qu'il n'existait pas ou parce qu'il a été détruit dans les différents pillages de Domremy par les Bourguignons principalement. Il n'y avait alors aucune obligation, en cas d'écrit, d'en faire un double. C'est seulement à l'ordonnance de « Saint Germain en Laye » appelé aussi « Code Louis » en 1667 qu'il fut institué mais réellement pratiqué surtout à partir du début su XVIIIe siècle. Sachant que Domremy a quasiment totalement brûlé et a été ravagée à plusieurs reprises pendant l'enfance de Jeanne, il n'est pas difficile de penser que même si son curé, Jean Minet, a enregistré son baptême, l'acte a sûrement été détruit.

Comment connaître la date exacte de sa naissance autrement ?

Il aurait fallu un témoignage des parents, des frères, ou toute personne contemporaine de Jeanne et évidemment d'elle-même, mais actuellement il n'y a aucune trace, à ma connaissance, d'un témoignage direct quelconque de la famille  de Jeanne. Au mieux nous avons quelques témoignages d'un âge incertain qui varie selon les témoins, mais qui aujourd'hui semble accréditer qu'elle ait eu moins de 20 ans à la date de son exécution. Il faut rappeler aussi que Jeanne lorsqu'elle se présentait, elle s'identifiait de la manière suivante " Jeanne la Pucelle", qui veut dire en latin ou en vieux français "Jeanne la jeune fille" et non pas comme utilisé depuis le XIXe comme "Jeanne la vierge", ce qui acrédite le fait qu'elle était bien jeune et non pas une jeune femme, car le termes de Puella ( Pucelle ) est utilisé à l'époque pour parler des filles qui ont moins de 18 ans en général.

L'âge à l'époque des personnes, à part de nobles ou de la royauté, n'avait guère d'importance et il était commun de ne pas connaître ni sa date de naissance précise et son âge même à quelques années près.

 Un exemple flagrant est celui du procès de réhabilitation de Jeanne, les témoins se donnent  des âges souvent inexacts :

Guillaume Manchon alors greffier du procès de condamnation : 58 ans puis 57 ans ( L10 )

Le dominicain Martin Ladvenu : 55 puis 52

Isembard de la Pierre : se rajoute 5 ans

Pierre Cusquel : s'enlève 5 ans ..

Le Comte de Dunois, le 22 avril 1456 , se donne un âge de 51 ans alors qu'il en a environ 54.

Jeanne dans le procès ne fait pas souvent allusion à son âge, en tout cas pas plus qu'il est nécessaire, il est d'ailleurs très probable qu'elle n'en connaisse pas la date avec précision. Cette situation est corroborée par la suite lorsqu'elle n'arrive pas à donner un âge bien précis lors du procès de Rouen par l'évêque de Beauvais, de plus il lui arrive d'avoir des doutes notamment sur l'âge de départ de chez ses parents, preuve s'il en est que rien n'est bien acté, même s'il n'y aucune contradiction de sa part, simplement des imprécisions qui n'avaient pas lors des faits une importance majeure. Si aujourd'hui on apporte une attention grandissante à  l'anniversaire comme une date importante, l'époque de Jeanne a une mentalité  totalement différente pour ce qui concerne la population en général.

Un autre élément aurait pu nous aider, c'est le procès matrimonial de Jeanne à Toul. Mais ce document, qui a disparu , ne reflètait probablement rien de bien particulier à ce sujet et encore moins son âge de majorité. L'âge de la majorité n'était pas défini comment on peut le connaître aujourd'hui dans nos institutions, au mieux l'âge de majorité fictive était défini par l'Eglise selon la possibilité, ou non, d'une femme de se marier. Textuellement l'âge de mariage religieux est définie à la puberté, c'est-à-dire à 12 ans environ; même si en réalité à son époque les mariages étaient tout de même souvent plus tardifs, vers 16-19 ans en moyenne. Un âge moyen par ailleurs qui entre parfaitement dans le cadre des « fiançailles » de Jeannette.

 

Au procès à Rouen, elle répond déjà aux questions sur son âge et son lieu de naissance


 

pourquoi devrait-elle mentir si on en croit les complotistes ? aucune raison particulière, d'autant que Pierre Cauchon ,et son assemblée, ont le compte rendu du procès de Poitiers et ils ont fait une enquête à Domremy et les alentours.

Le 21 février 1431, après avoir prêtée serment, Jeanne réponds à la question de Pierre Chauchon sur son lieu de naissance, le prêtre qui l'a baptisé et son âge [Source ] :
 
 
Pierre Cauchon : Votre lieu de naissance?
Jeanne : Je suis née au village de Domrémy, qui est tout un avec Greux; c’est à Greux qu’est la principale église.
../..
Cauchon : Quel prêtre vous a baptisée?
Jeanne : Messire Jean Minet, à ce que je crois.
Cauchon : Vit-il encore?
Jeanne : Oui, j’imagine.
Cauchon : Votre âge?
Jeanne : Dix-neuf ans, je pense, environ.
 

La date fournie par Perceval de Boulainvilliers est difficile à appréhender, son approche dans la lettre surtout au début peut paraître surprenante, d'autant qu'il ne précise pas l'année mais se contente de donner le jour en relatant des faits que l'on peut qualifier d'imaginaires ou infondés. Pourtant la suite de la lettre, qui concerne en partie la Bataille de Patay, semble confirmer une réelle précision des événements dont il a pu faire partie ou à partir de témoignages. Mais ces éléments à la fois précis dans certaines parties de la lettre et d'autres bien plus incertains, ne peuvent pas permettre de crédibiliser l'ensemble sans autres témoignages écrits qui pourraient concorder avec le sien. Sur la date de naissance à l'heure d'aujourd'hui, il est bien le seul à le stipuler. Sur d'autres points de sa lettre, certains éléments semblent confirmer ses dires et d'autres non, il est difficilement concevable qu'elle connaisse sa date de naissance mais pas son année, l'inverse est par contre plus réaliste.

L'âge de Jeanne selon les témoins est toujours , sauf une exception mais qui peut être largement mis en doute, entre 16 ans et 18 ans pour la rencontre avec Charles VII. Jeanne lors de son procès donne un âge d'environ 19 ans en 1431 sans pouvoir le préciser totalement, cette imprécision peut s'expliquer par le fait qu'elle ne connaît pas sa date exacte de naissance, ce qui peut rendre improbable le jour de naissance proposé par Perceval de Boulainvilliers, en effet comment expliquer qu'elle ne la connaisse pas alors que lui si ?

Certains journalistes ou romanciers cherchent à lui donner un âge plus avancé, en trouvant une multitude de faits inexacts , cherchant des témoignages plus ou moins valables, voire transformant des textes à leur façon. La réalité est que clairement les témoins visuels entrent en totale contradiction avec le seul témoignage d'un âge supérieur à 20 ans, qui sorti de son contexte peut rendre éventuellement  probable la théorie fumeuse d'un âge plus avancé, mais pris dans son contexte -en prenant l'ensemble des faits historiques et des témoignages visuels- la rende peu crédible, voir risible.

Bien sûr on peut se demander pourquoi les historiens ou la version dite « officielle », dit souvent d'une telle manière qui laisse sous-entendre qu'il s'agit d'un complot international depuis 600 ans, ont tenu à garder cette date. Pour une raison simple, il en fallait une et quitte à ce qu'elle soit fausse, elle repose au moins sur un témoignage de son vivant, même si évidemment il est sujet à controverse. Ce n'est pas le seul document dans l'histoire de France qui est sujet à discussion.

De plus cette date ne remet absolument pas en cause la vie de Jeanne et son histoire, s'il y a bien sur quelques mystères à son sujet, ils restent à mon avis largement mineurs pour la plupart par rapport à sa vie. Savoir son âge au jour près, ne changerait rien ou presque. L'essentiel est le symbole utilisé qui perdure encore aujourd'hui et la volonté de prolonger sa mémoire avec le plus d'objectivité possible, ce que certains journalistes, voir d'historiens , ont perdu.