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La Ferté Milon, Château du Duc d'Orléans
 

Château du Duc d'Orléans, Ferté Milon


Le château de la Ferté-Milon se trouve dans la ville natale de Racine, la Ferté Milon possède les restes assez imposants d’un château jamais terminé. Surplombant majestueusement la vallée et la rivière de l’Ourcq, sur une plateforme rocheuse calcaire, avec son imposante façade de 102 m de longueur et de 38 m de hauteur, le château du Duc d’Orléans est un beau témoignage du XIVe. L’ensemble est particulièrement beau quand le coucher de soleil fouette de ses rayons orangés la façade, tout en étant dans une verdure verdoyante qui contraste beaucoup avec l’ensemble. Sa façade montrait non seulement un aspect défensif relativement imposant mais permettait également d’asseoir visuellement la puissance du Duc. La beauté architecturale, la magnificence du châtelet d’entrée avec deux tours aux formes harmonieuses et ses bas-reliefs en font un très beau monument aujourd’hui. C’est l’assassinat du duc d’Orléans par Jean sans Peur le 23 novembre 1407, qui stoppa net les travaux et provoqua une guerre civile fratricide entre les Armagnacs et les Bourguignons.
 


Informations
  •  Adresse : rue du Vieux Château - 02460 La Ferté-Milon
  •  Téléphone :   03 23 96 77 42
  •  Heures d'ouvertures & Visites  :

  • Ouvert et gratuit à tout heure, la plus grande prudence est requise lors des déplacements sous le château , un risque de chute de pierres est possible. Un restaurant est situé juste derrière le château : http://www.lesruines.com/

 

Historique
  sources : 

Le château de Pierrefonds -  Une nouvelle vision du monument  - Par Jean MESQUI

Histoire physique, civile et morale des environs de Paris, depuis les ... Par Jacques Antoine Dulaure 

Site officiel de la Ferté Milon

Le site de la Ferté Milon est occupé au moins depuis l’époque gallo-romaine, il existe d’ailleurs les vestiges d’une ancienne voie romaine «  le Faubourg de la Chaussée ». On peut décomposer par la suite  la ville en trois parties :  le château, la ville et la chaussée, la haute ville étant séparée de la chaussée  par l’Ourcq.

En 884, sans pour autant que cela soit confirmé du point de vue historique, il semblerait que les religieuses de Sainte-Geneviève aient transporté les reliques de leur patronne à la Ferté sur Ourcq, pour éviter le saccage par les Normands avant le traité de Saint-Clair sur Epte.

Les premières traces écrites datent de 1035, où un seigneur de la Ferté Urc ou Ferté-sur-Ourcq, dénommé Theudon, jouissait de revenus sur les abbés et religieux de Sainte-Geneviève de Paris perçus alors sur Marisi, mais en 1035, Henri Ier va faire restituer ces attributions.

Le mot ferté viendrait de « firmitas » qui deviendra Ferté, c’était un nom donné couramment aux fortifications au XIe, un nom qui, il faut le dire, est rarement utilisé aujourd’hui quand on parle de fortifications. Si on connait donc l’origine de « ferté », c’est le seigneur Milon au VIIIe siècle qui va donner son nom à la ville.

On sait juste que vers le milieu du XIIe, il y a eu une succession originale,  Philippe Comte de Flandre succèdant à Raoul, comte de Vermandois. Il aura alors pour héritage Villers-Cotterêts, Vivier et la Ferté-Milon. Il y a eu donc un changement de nom entre 1035 et le milieu du XIIe sans qu’on en connaisse les raisons.

Un historien du Valois décrit dans son livre «  Histoire du duché de Valois, Tome I, livre II » les descriptions suivantes :

«  au milieu d’une première enceinte de fortes murailles flanquées de grosses tours, on fit construire un donjon, espèce de citadelle, où résidaient quatre officiers principaux, qui formaient l’état-major de la Ferté ; savoir : le garde : Custos ; le veilleur, ou chevalier du guet : vigil ; l’asinaire ou pourvoyeur : asinarius, le portier  : portarius. On bâtit aussi dans cette première enceinte une chapelle, sous l’invocation de Saint-Sébastien, patron des militaires, honorés d’un culte particulier dans le canton, depuis la translation de ses reliques à Saint-Médard de Soissons, en 826. Les titres nomment cette première enceinte « cingulum minus » et  « breve cingulum » »
Une seconde enceinte, plus importante dans son extension enfermait la ville de la Ferté-Milon, elle était appelée «  cingulum majus ». Un seigneur et châtelain, dominus castri, y avait son hôtel.

Après avoir été la propriété des comtes d’Amiens, puis au milieu du XIVe des Valois celle de Charles de Valois qui y fit quelques travaux, la seigneurie de la Ferté-Milon tombe sous l’escarcelle de Louis-de-France en 1393.

Le château est probablement alors dans un état de vétusté important qui conduit alors le Duc d’Orléans à commencer la construction du second château dont on voit encore les restes imposants. Pendant ce temps il termine le château de Pierrefonds, on reconnaitra par ailleurs les points communs inhérents aux deux châteaux. On peut supposer qu’il ne fera détruire qu’une partie de l’ancien château et de ses fortifications. Notamment on remarque sur la droite de la façade actuelle, un châtelet d’entrée secondaire, avec deux tours et une tour carrée qui sont dans un appareillage nettement plus ancien que le XIVe, probablement vers le XIIIe. C’est très probablement à ce moment-là que le donjon va disparaitre, sans certitude cependant.


Pour autant si la mort du Duc, le 23 novembre 1407, va stopper la construction du château, la rumeur tendant à dire que le château ne fut jamais terminé n’est pas totalement vraie. Il semble en réalité que seuls la toiture et l’ensemble des étages n’étaient pas terminés, en tout cas pour ce qui concerne le bâtiment actuel.


Si l’aspect défensif parait évident avec notamment des murs très épais et massifs, les logis construits possédaient tous les conforts de l’époque, avec des cheminées à chaque étage et des fenêtres à meneaux dans certaines parties.

Jeanne d’Arc passe par la Ferté Milon ,après le sacre dans la cathédrale de Reims de Charles VII, le 10 août 1429


Au XVIe les guerres de religion font rage en France, menant à d’amples massacres et destructions.  En 1589 la Ferté Milon est tenue par les ligueurs. Appelée la population est trop faible  pour se protéger seule des brigands et des mercenaires. Cette protection va mener le roi de France Henri IV à prendre la place.
Un premier siège est effectué par le Duc d’Epernon en 1591. Mais au vu de la résistance de la place et du peu de moyens utilisés, il ne mena pas l’attaque.
En 1595,  le Maréchal Biron va donc tenter de s’en emparer. Mais Saint-Chamand, le chef ligueur du château, dans un moment d’effronterie et de couardise fait enlever aux Tuileries l’un des fils du Maréchal et le frère du Duc. À la bataille d’Ivry ( voir le château d’Ivry la Bataille ), le Duc de Biron va réussir à faire délivrer  son frère le 10 août 1594.
Le combat pour la Ferté-Milon va avoir lieu quelques temps plus tard. La résistance de la place, malgré un château dit inachevé, est assez forte et oblige le Duc à faire non seulement un siège, mais  également de le transformer en blocus en espérant prendre la place par surprise ou par force.

Malgré le blocus, la ville n’est pas prise et c’est Henri IV qui va venir gérer la manœuvre. Avec une armée renforcée, il va faire tirer sur les anciens murs les plus faibles de la ville, ouvrant une brèche béante que Saint-Chamand va défendre avec véhémence au point de repousser à plusieurs reprises les soldats du roi. Pour autant il devra se réfugier dans l’actuel château pour offrir une ultime résistance de la dernière chance. Le château est encore difficilement prenable notamment à cause de ses fossés, cependant il est probable qu’il paraissait difficile, vue la disposition actuelle du château, de faire tirer les canons sans dégâts collatéraux et pertes importantes que cela soit au niveau de la population ou au niveau des armées du roi.


Henri IV va donc préférer assez justement la négociation. C’est là par ailleurs qu'Henri IV va démontrer son infatigable sens politique et stratégique en proposant à Saint-Chamand et à sa garnison de servir pour le roi.

Comme pour un grand nombre de châteaux, Henri IV  va demander que le château soit démantelé. Pour autant les vieilles fortifications ne seront pas détruites, seul le grand château sera très largement dépecé. Ce démantèlement va durer 48 jours selon les trésoriers royaux avec un nombre important de prestataires sous les ordres du capitaine « la Ruine » ; les travaux s’achèvent le 25 décembre 1594. La durée du démantèlement et l’importance du personnel ( 21 paroisses ) laissent à supposer que le château était probablement encore dans un bel état et bien plus grand qu’actuellement.

Ferté Milon


J’ai pu lire que les traces actuelles d'arrachement prouvaient que le château n’avait pas été terminé, pour ma part cela ne prouve rien. En réalité il est peu probable qu’à l’époque on ait construit d’abord la façade palatiale, surtout aussi imposante, pour finir les autres angles du château sans avoir déjà construit les fondations de l’ensemble. A mon sens les parties disparues ont été faites sous Henri IV et de façon assez propre, notamment pour éviter toutes reconstructions ultérieures. Dans le livre dont je tire une grande partie de mes sources sur le château de la Ferté-Milon, Histoire physique, civile et morale des environs de Paris Par Jacques Antoine Dulaure, on parle bien dans d’anciens documents d’un château (la partie actuelle) quasiment terminé excepté le toit. Par ailleurs on peut voir une coquille , probablement sous François Ier ou Henri II, qui laisse à supposer qu’il y a bien eu des modifications à ce sujet à l’intérieur même du château. Cependant il parait difficile de dire aujourd’hui jusqu'à quel point le château était terminé ou non.

L’analyse de Jean Mesqui dans un de ces travaux sur Pierrefonds est assez intéressant, notamment par l’analogie qu’il a pu faire entre Pierrefonds et la Ferté-Milon; voir également la Bastille à Paris. La construction de Pierrefonds était, semble-t-il, relativement terminée quand ceux de la Ferté-Milon ont commencé la leur. Pour autant l’architecture, en dehors des fenêtres, semble assez différente surtout au niveau des deux tours d’entrées. On remarquera aussi la hauteur de l’assommoir d’entrée avec une voûte très haute et très décalée vers l’avant, laissant pour ma part supposer que l’assommoir monumental se trouvait à l’exact endroit du pont-levis, permettant alors d’éviter le comblement du fossé et de défendre le pont-levis au lieu de défendre uniquement la porte. La grande ouverture de cet assommoir permettant de laisser tomber sur des assaillants des objets lourds ainsi que des liquides en tout genre,  son positionnement en hauteur permettant d’accroitre la vitesse des objets et donc leur impact ainsi que sa longueur donnant une meilleure précision, semble indiquer une volonté dès le départ de créer un assommoir non plus comme un élément de dernier recours défensif, mais davantage offensif. Mais il semble difficile aussi d’exclure, en dehors de l’aspect défensif évident, qu’il y ait une réelle volonté d’impressionner les « invités », d’avoir un château particulièrement imposant et qui en mette plein la vue en démontrant la puissance du propriétaire des lieux.

Panorama Ferté Milon

 

On peut être surpris également alors, vu la construction de l’ensemble et son architecture avancée, de la tour carrée sur la gauche. Mais si on regarde bien son positionnement, on peut aisément comprendre les raisons de sa forme géométrique. Sa taille semble coïncider exactement avec la tour principale d’entrée à laquelle elle fait face, laissant entre elles deux, une cuvette importante, mais concentrée qui aurait littéralement mis en pièce n’importe quel assaillant. Par ailleurs la tour carrée, dite la tour du roi, semble assez excentrée des courtines, laissant supposer qu’en cas de chute de celle-ci, le château aurait pu encore se défendre en comblant l’entrée de la tour. Mais on peut être surpris cependant qu’elle ne soit pas ronde, j’y vois pour ma part plusieurs raisons :

-    Vu la taille des murs, plus de deux mètres, la tour est massive et surtout une grande partie surplombe l’éperon rocheux, n’ayant en fait qu’une seule face « seule » contre les assaillants puisque l’une des tours d’entrée aurait permis sa défense.
-    Le fait d’avoir une tour carrée permettait de gagner de la place et au vu des cheminées à chaque étage et des grandes fenêtres, il est évident que le confort était un élément important.
-    Avoir une tour ronde aurait obligé l’architecte à avoir une circonférence bien plus importante pour obtenir l’effet de cuvette entre l’une des tours d’entrées et la tour actuelle. Il n’est pas sûr que cela ait été possible au vu de la topologie du terrain.
-    De plus les trois angles de la tour carrée possédaient un éperon défensif et très probablement une échauguette.

 On constate aussi que les ouvertures sont plein sud pour la plupart, permettant alors d’utiliser pleinement les rayons du soleil comme lumière et ceci toute la journée.


Voici un extrait du texte de Jean Mesqui sur la Ferté-Milon dans son étude sur Pierrefonds :

« On ne sait rien de la conception de La Ferté-Milon ; si l’horizontalité de son élévation doit certainement  beaucoup à la Bastille de Paris, qui devait être achevée vers 1382, l’originalité du plan de ses tours n’a pas son équivalent dans l’architecture contemporaine. On peut, bien sûr, en attribuer la paternité à Louis d’Orléans lui-même, qui aurait pu fixer un programme plus ambitieux qu’à Pierrefonds. Quoi qu’il en soit, ce n’est qu’en 1405 qu’apparaît, sur les deux chantiers, Jean Aubelet, maçon général de  Louis d’Orléans ; mais il portait ce titre dès 1403, et celui de maçon ducal en 1400, et fut envoyé en 1401 et 1402 par Raymond du Temple pour le remplacer dans une expertise d’un jubé de la cathédrale de Troyes. Il est tentant – je l’ai déjà fait, de lui attribuer le second des deux châteaux, sans malheureusement que ceci puisse être appuyé sur la moindre source. »

Le 13 octobre 1652, le château va à nouveau connaître les affres de la guerre pendant la Fronde. Condé cherchant à rejoindre le duc de Lorraine, il fait piller, massacrer et dévaster totalement la ville défendue par une poignée de soldats du roi de France. Ils tiendront le siège jusqu’à l’arrivée de Turenne le 16 octobre.

Paul Fort avait immortalisé le Château de la Ferté Milon dans les Ballades françaises :

« Le château noir est-il hanté ? Le noir château de la Ferté. Est-ce le feu ? Est-ce la Lune ?
Rapidement, l’une après l’autre, les 80 fenêtres s’allument.
Le Manoir est-il habité ? Sont-ce des torches agitées que nous promènent des fantômes, ce soir où le plateau s’embaume d’herbes au vent, échevelées ?
- Je suis seul, fantômes, parlez ! »


Canon Russe de la première Guerre Mondiale

Canon Russe de de la première Guerre Mondiale, Canon de 6 pouces Mle 1904. En savoir plus

 

Haut-relief  représentant le couronnement de la Vierge.

Haut-relief surplombant la porte représentant le couronnement de la Vierge. On retrouve le même style au Château de Pierrefonds.

 

Fenêtre typique tour en amande   Fenêtres Tour philippe le Bon

Tour en Amande sur la gauche de la Ferté Milon, tour Philippe le Bon à Dijon sur la droite, remarquez les dispositions des fenêtres très proches ( sauf aux niveaux des ornements ) et assez rares dans ce type de forme : ouverture carrée en haut, meneau à simple branche suivis d'une ouverture rectangulaire.

Cheminée XIVe début XVe

Cheminée du XIVe, début XVe, remarquez l'impact de balle au centre.

Coquille Grotte du Château Neuf à  Saint Germain en Laye

Coquille avec quelques similitudes avec les  grottes du Château Neuf de Saint-Germain-en-Laye sur la droite qui sont certes bien plus grossières. Mais la question se pose - pour ma part - de savoir s'il n'y a pas eu de modifications ultérieures au château construit sous le Duc D'Orléans.

 

 

Photographies
 

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